Tre Cime di Lavaredo : la randonnée en boucle du 101

Le tour des Tre Cime di Lavaredo se boucle en 10 kilomètres et 3 h 30 à 4 h de marche, pour 400 à 500 mètres de dénivelé positif. Départ et arrivée au rifugio Auronzo, sentier 101 à l’aller, sentier 105 au retour. Aucune difficulté technique, mais un accès réglementé, payant et désormais contingenté.
Les chiffres qui cadrent la journée
Trois tours de calcaire commandent le circuit. Le parc naturel Tre Cime, qui couvre le versant sud-tyrolien du massif, donne 2 999 mètres à la Cima Grande, 2 973 mètres à la Cima Ovest et 2 857 mètres à la Cima Piccola. Les Dolomites figurent au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2009, et ces trois parois en sont devenues l’emblème.
Le parcours, lui, tient en quelques valeurs :
- distance du circuit : environ 10 kilomètres
- dénivelé positif : 400 à 500 mètres selon la variante de retour
- marche effective : 3 h 30 à 4 h, pauses non comprises
- altitude de départ : 2 320 mètres au rifugio Auronzo
- point culminant : 2 454 mètres à la Forcella Lavaredo
- cotation italienne : E, randonnée sans passage équipé
Ces chiffres trompent leur monde. Vous démarrez déjà très haut, le terrain reste minéral du premier au dernier mètre, et le vent qui balaie la Forcella Lavaredo n’a rien de commun avec celui d’un fond de vallée. Une famille entraînée boucle le tour sans forcer. Un marcheur occasionnel arrivé la veille du niveau de la mer souffre davantage, surtout sur la remontée finale.
Le décor appartient au parc naturel Tre Cime, créé en 1981 sous le nom de parc naturel des Dolomites de Sesto, rebaptisé en 2010 et étendu sur 11 615 hectares entre Dobbiaco, Sesto et San Candido. Vous marchez donc, une partie de la journée, en zone protégée : sentiers balisés, pas de raccourcis dans les pierriers.
Le sens de parcours décide de votre journée
Le tour se déroule dans les deux sens, mais l’un des deux est nettement supérieur. Prenez le sentier 101 vers l’est, en sens antihoraire, et redescendez par le 105.
Trois raisons à ce choix. La montée à la Forcella Lavaredo se fait alors sur une piste large et régulière, en début de journée, quand les jambes sont fraîches. Ensuite, la bascule au nord dévoile les trois parois d’un seul coup, en pleine face, effet garanti. Enfin, le retour par le sud se déroule à contre-courant du flux principal, avec des croisements plus rares en fin de matinée.
Le sens horaire attaque par une montée plus raide et vous fait découvrir les faces nord de dos, puis de trois quarts. Beaucoup de marcheurs le pratiquent pour cette seule raison : rejoindre le rifugio Locatelli plus vite quand le ciel menace. Cette randonnée en boucle garde donc une lecture stratégique selon la météo du jour.

L’itinéraire, tronçon par tronçon
Du rifugio Auronzo à la Forcella Lavaredo
Le départ se prend derrière le parking, à hauteur de la petite chapelle des Alpins, la Madonna della Croda. Le tracé du sentier 101 file presque à plat sous les faces sud, sur une ancienne piste militaire large de plusieurs mètres. Impossible de se tromper.
Le rifugio Lavaredo apparaît après vingt à trente minutes, à 2 344 mètres. La pente se redresse ensuite jusqu’à la Forcella Lavaredo, à 2 454 mètres, atteinte en quarante-cinq minutes environ depuis le départ. Ce col constitue le point haut du tour.
La bascule au nord
Passé la brèche, le paysage change de camp. Les faces nord, verticales et sombres, se dressent à gauche, et le regard porte jusqu’aux Dolomites de Sesto. Le sentier traverse ensuite un versant caillouteux, remonte doucement, puis dépose au rifugio Locatelli après trois quarts d’heure supplémentaires.
Le rifugio Locatelli, poste d’observation
À 2 405 mètres, le refuge fait face au triptyque. C’est le point de vue reproduit sur toutes les affiches du massif, et le seul endroit du circuit où les trois cimes se détachent parfaitement séparées. Le terrain alentour porte encore les traces du front italo-autrichien de 1915 à 1918 : tranchées, galeries creusées dans la roche, postes d’observation.
Le retour par le 105
La descente rejoint la Malga Langalm, puis remonte vers la Forcella Col di Mezzo avant de retrouver le rifugio Auronzo. Comptez 1 h 30 à 2 h sur cette portion. Elle contient la seule vraie remontée de la journée, courte mais mal placée, en fin de parcours.
Une variante plus courte coupe directement sous les faces nord par le sentier des Alpini. Elle raccourcit d’une trentaine de minutes et supprime le passage à la Malga Langalm. À réserver aux marcheurs à l’aise sur terrain instable.
Les refuges qui jalonnent le circuit
Trois refuges jalonnent le tour des Tre Cime, ce qui explique la fréquentation. Aucun bivouac n’est nécessaire pour boucler la journée.
- Rifugio Auronzo, 2 320 mètres : au départ, accessible en voiture, restauration toute la journée
- Rifugio Lavaredo, 2 344 mètres : petit, à vingt minutes du départ, terrasse plein sud
- Rifugio Locatelli, 2 405 mètres : le plus couru, face aux parois nord
Le rifugio Locatelli, aussi appelé Dreizinnenhütte, ouvre sur une fenêtre courte : la saison 2025 courait du 28 juin au 28 septembre, d’après le refuge lui-même. Les nuitées se réservent uniquement en ligne, plusieurs mois à l’avance pour juillet et août, et le paiement s’effectue en espèces faute de connexion stable en altitude.
Dormir là-haut transforme la sortie. Le coucher de soleil sur les faces nord et le lever du jour sans personne valent largement la contrainte de réservation. Pour comparer les formules, notre guide sur où dormir pour randonner dans les Dolomites détaille les options refuge, vallée et camping.
Monter au départ : route à péage, réservation et navettes
Voilà le vrai point dur de cette boucle du 101. La route panoramique quitte Misurina et le lac d’Antorno pour grimper sur environ 6 kilomètres jusqu’au parking du rifugio Auronzo. Elle est payante, saisonnière, et son accès a changé de nature.
Pour 2026, la commune d’Auronzo di Cadore a rouvert la route le 23 mai et impose désormais une réservation en ligne à toutes les voitures, avec plaque d’immatriculation et créneau d’accès. Les tarifs publiés par la commune pour la saison : 40 euros la voiture, 26 euros la moto, 60 euros le camping-car, 80 euros un autocar jusqu’à 30 places, 160 euros au-delà, 5 euros pour les résidents de la commune. Le titre couvre le stationnement au sommet.
Le parking sature tôt en juillet et en août, malgré le contingentement. Deux parades tiennent la route :
- la navette saisonnière, ligne 444, qui relie Dobbiaco au rifugio Auronzo de la mi-juin à la fin septembre, sur réservation
- la montée à pied depuis le lac d’Antorno, environ 400 mètres de dénivelé, qui ajoute une heure et demie de marche à l’aller
Le train dessert Dobbiaco et Calalzo, tous deux reliés au massif par autocar. Pour organiser l’approche depuis la France ou depuis une autre vallée, consultez notre page sur comment se rendre dans les Dolomites.

Quand partir, et quelle lumière viser
La fenêtre utile court de la mi-juin à la mi-octobre, calée sur l’ouverture de la route. Avant, des névés persistent sur le versant nord et le sentier 105 reste enneigé par plaques. Après, les refuges ferment et la route peut couper du jour au lendemain.
Juillet et août concentrent la foule. Septembre offre le meilleur compromis : refuges encore ouverts, air plus sec, jours suffisamment longs, fréquentation divisée. La question du calendrier se pose pour tout le massif, et notre article sur quand faire les Dolomites reprend le sujet saison par saison.
L’horaire compte autant que le mois. Les faces nord des Tre Cime ne reçoivent le soleil qu’en début et en fin de journée, aux périodes où la course du soleil passe très au nord. Le reste du temps, elles restent dans l’ombre, ce qui donne d’ailleurs des contrastes superbes depuis le rifugio Locatelli. Partez avant 8 h : lumière rasante, parking encore respirable, sentier presque vide.
Autre paramètre : les orages de fin d’après-midi, fréquents de juin à septembre sur tout le massif. Un col à 2 454 mètres sous un ciel qui bourgeonne ne se négocie pas. Bouclez tôt.
Les variantes longues depuis le val Fiscalina
Le versant nord ouvre une approche autrement plus sérieuse. Depuis le parking du val Fiscalina, accessible par Moso di Sesto, le sentier remonte la vallée jusqu’au rifugio Fondovalle, à 1 548 mètres, puis grimpe au rifugio Zsigmondy-Comici, à 2 224 mètres. Le rifugio Pian di Cengia, à 2 528 mètres, précède la longue traversée vers le rifugio Locatelli.
Cette boucle des trois refuges mesure environ 18,5 kilomètres pour 1 200 mètres de dénivelé positif, soit 6 h 30 à 7 h de marche sans les pauses. La cotation italienne passe à EE, randonneur expérimenté : sentiers rocheux, passages raides, quelques portions exposées.
L’intérêt ? Vous abordez les Tre Cime par l’arrière, sans péage, sans parking d’altitude, avec une progression réelle du fond de vallée jusqu’au belvédère. Le stationnement en val Fiscalina coûte quelques euros la journée. Le contraste avec la foule du rifugio Auronzo se mesure dès les premiers kilomètres.
Les marcheurs qui enchaînent plusieurs jours combinent souvent cette approche avec les vallées voisines de Sesto et de Landro, reliées entre elles par les mêmes autocars saisonniers.

Équipement et sécurité sur un terrain d’altitude
Le tour ne demande ni corde, ni casque, ni matériel de via ferrata. Il demande de la lucidité sur l’altitude et sur la météo.
- chaussures montantes à semelle crantée, le sentier reste caillouteux du départ à l’arrivée
- couche coupe-vent et polaire, même en août, car le col brasse un air froid en permanence
- deux litres d’eau minimum, les points d’eau naturels manquent sur le circuit
- protection solaire complète, l’ombre est quasi absente sur le versant sud
- bâtons pour la descente vers la Malga Langalm, qui casse les cuisses
- carte du secteur, la couverture réseau restant aléatoire derrière les parois
Le froid surprend plus que la fatigue. Un randonneur parti en tee-shirt du parking se retrouve grelottant à la Forcella Lavaredo trois quarts d’heure plus tard. Nos repères sur comment s’habiller dans les Dolomites valent tels quels pour ce tour du 101.
Dernier point, souvent négligé : la redescente en voiture. Après quatre heures de marche et une longue route en lacets à négocier, la vigilance baisse. Prévoyez une pause au lac d’Antorno avant de reprendre le volant.
Ce qui gâche la sortie, et comment l’éviter
Les mêmes erreurs reviennent, saison après saison, et cette randonnée en boucle les pardonne mal. Départ à 11 h, quand le parking déborde et que la lumière écrase le relief. Chaussures de ville sur un sentier de cailloux. Sous-estimation de la remontée finale du 105, systématiquement décrite comme anodine et systématiquement redoutée sur le terrain.
Autre travers : vouloir tout enchaîner le même jour. Le tour des Tre Cime, le lac de Misurina et une seconde randonnée tiennent mal dans une journée. Le massif compte assez de merveilles pour étaler, et notre panorama du plus bel endroit des Dolomites donne de quoi construire un séjour cohérent plutôt qu’une course.
Prochaine étape : bloquez votre créneau d’accès sur le portail de la commune d’Auronzo dès la réservation de vos nuits, et visez un départ du parking avant 8 h. Le reste du tour se déroule ensuite tout seul, en une demi-journée.